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Coronavirus: le graffiti, une arme de sensibilisation dans la banlieue dakaroise

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Persuadés qu’«une image vaut mille mots», des graffiteurs sénégalais parlent du coronavirus à travers les murs de la capitale avec l’intention de créer un électrochoc.

A Yeumbeul-nord, une commune de plus de 218.000 habitants de la banlieue de Dakar, la sensibilisation sur le coronavirus s’affiche sur les murs. Dans un environnement saturé par vendeurs, conducteurs de transports en commun, chômeurs et autres passants, un graffiti à l’entrée de la maternité attire l’attention.

Cinq individus s’illustrent avec les gestes barrières recommandés comme le lavage des mains ou l’utilisation de gels hydroalcooliques, là où le symbole du Covid-19, anxieux, se met à fuir. Tout cela en dessous d’une inscription en langue wolof : « Nu fagaru daan Covid-19 ». (prémunissons-nous pour vaincre le nouveau coronavirus).

Ce combat est, depuis mercredi dernier, celui du groupe de graffiti Undugraff, basé à Yeumbeul. Créé il y a trois ans, il est composé de cinq artistes managés par Ati Diallo. Ce dernier, après avoir constaté que le carrefour jouxtant la maternité de la commune est très fréquenté, a eu l’idée d’y lancer une campagne de sensibilisation sur cette pandémie qui trouble le monde.

Jugeant nécessaire de participer à la lutte contre le Covid-19, Ati expose son projet à ses camarades qui l’approuvent aussitôt. Dans un passé récent, ce groupe plein d’énergie a notamment sensibilisé sur les élections ou encore les grossesses précoces.

En accord avec la structure sanitaire, ils se servent du restant des sprays (pulvérisateurs) utilisés lors d’un festival pour réaliser leur première fresque. Cette œuvre d’art devient virale sur les réseaux sociaux, suscitant les réactions positives de plusieurs personnes dont le maire de la commune, Daouda Ndiaye.

Endroits stratégiques

Devant les locaux de sa municipalité où Undugraff a réalisé sa quatrième fresque lundi 23 mars, l’édile n’a pas manqué de renouveler ses encouragements à l’équipe d’Ati Diallo. « Ce sont des messages extrêmement importants qu’ils sont en train de véhiculer, (en choisissant) des endroits stratégiques », salue l’autorité, avant de préciser que la mairie a débloqué une enveloppe de 10 millions F CFA dans la lutte contre le coronavirus même si elle ne prévoit que des soutiens « forfaitaires » à ces graffiteurs.

Qu’à cela ne tienne, le chef de la bande souligne que leur action est basée sur du « bénévolat » mais ne refuse pas une quelconque aide en sprays ou masques. « On est super sollicités. Chaque mur peint nous coûte 150.000 F CFA. Il arrive que des gens nous donnent 50.000 F CFA. Un spray coûte 2500 F CFA, le seau de peinture à 9500 F CFA. (Tout cela appliqué) sur des murs d’une longueur de 9 à 10 mètres », détaille Ati Diallo.

Malgré tout, Papa Mamadou Diouf, chef de la communication digitale d’Undugraff, se satisfait du « feed-back positif » lorsqu’il partage les fresques sur plusieurs plateformes interactives.

Ces réactions, note Ati, leur ont permis de comprendre que certains « ne croient pas » en l’existence de cette maladie là où d’autres « ne savent pas » de quoi il s’agit. Après ce constat, « on s’est dit que ça va être un challenge. On va continuer à faire le maximum de murs. On veut +agresser+ les gens avec ces images et les informer pour qu’ils puissent finalement l’accepter et se protéger », explique le manager d’Undugraff.

Mission accomplie

Ayant suivi à la base une formation en comptabilité et gestion au Collège Saint-Michel de Dakar, Ati Diallo a été rattrapé par son premier amour : la culture. Il a flirté depuis son jeune âge avec le mouvement hip hop, dont le graffiti est un démembrement, même s’il ne sait pas pour autant dessiner. Pour compenser, il a suivi « pas mal de formations, colloques et séminaires » sur le management culturel. Une solide expérience qu’il met aujourd’hui au service d’Undugraff.

Déjà, se réjouit-il, la « cible est touchée » vu le « maximum » d’encouragements et de sollicitations, sans compter les gens qui marquent un temps d’arrêt en les voyant à l’œuvre pour s’informer davantage sur la maladie. « A chaque fois qu’on commence à peindre, ça suscite un engouement, une certaine curiosité de la population », remarque Ati.

Ce trentenaire à la barbe bien entretenue raconte que le graffiteur entretient un « suspens » avec le public jusqu’au moment où ce dernier commence à saisir ce qu’il veut exprimer. « Il est probable qu’à la fin, le spectateur retrouve son nom sur le mur, et il va forcément s’approprier » le message, ajoute-t-il.

Pour montrer l’exemple, Mbota, un des graffiteurs, narre sur cette quatrième fresque une scène vécue la veille en allant prendre son petit-déjeuner dans un restaurant. Le dessin représente une poignée de porte, susceptible de porter le virus, mais que plusieurs clients touchent de leurs mains avant de s’alimenter sans prendre le soin de se désinfecter.

Son collègue Ounda termine le graffiti d’une blouse blanche, le regard loin. Sans doute, un signe anxiogène lié au nombre croissant de cas positifs du coronavirus au Sénégal. A ce jour, ce pays a recensé 99 personnes contaminées dont 9 guéries. « A travers cette image, je veux rendre hommage à nos médecins, leur montrer qu’ils sont nos héros », indique cet acteur de la culture urbaine.

Cette forme d’expression fait ressortir « le délire de l’artiste », avance M. Diallo. Avec une inspiration intarissable, Undugraff étend ses tentacules en dehors de la banlieue dakaroise, avec des « réseaux » un peu partout à travers le pays.

Pour Ati, leur art de rue « change en fonction de l’environnement pour refléter en quelque sorte la réalité ». Ces graffiteurs trouvent leur bonheur après l’exécution chronophage de chaque fresque puisque « plusieurs gens s’y retrouvent ».  Et c’est le cas depuis le début de leur sensibilisation sur le nouveau coronavirus.

APA

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