Imany, soul sans filtre

Imany, soul sans filtre

Imany ne triche pas, ni sur scène, ni en dehors: on la voit “craquer” à la fin d’une tournée harassante dans le DVD de son live tandis que le suicide d’une directrice d’école la fait “bouillonner”, face un “système qui broie”.

La chanteuse soul revient sur cette séquence saisissante de son live au Casino de Paris en juin 2018, immortalisé dans un coffret soigné et efficace qui sort le 25 octobre.

A la fin de “The Shape of a Broken Heart”, les caméras la captent, elle se laisse tomber sur le dos, comme en transe, puis fond en larmes. “J’arrive à la fin de deux longues tournées, avec un bébé au milieu, à la fin je craque”, confie-t-elle à l’AFP. Elle évoque la “pression qu’on me mettait”, “la fatigue”: “je n’en pouvais plus”.

“On l’a laissé (dans le DVD), c’est la vie, ce n’est pas grave”, même si “c’est difficile pour moi de regarder mais c’est un vrai moment d’intimité, quelque part on donne sa vie sur scène”.

“Toujours dans la parenthèse”

Après ça, elle s’est mise en retrait. Où en est-elle aujourd’hui? “Je suis toujours dans la parenthèse, je ne vais pas mentir, j’aurais aimé qu’elle dure plus longtemps (rires)”. “Avec cet album live, je suis obligée de sortir de ma grotte pour faire le boulot”. L’ex-mannequin annonce qu’elle va ensuite “retourner” en mode pause pour “réfléchir”, après être passée par des phases “j’arrête la musique” et “j’arrête le live”. “Je commence à me réconcilier doucement, il me fallait du temps, un peu d’espace”.

Ce live, c’est l’occasion de parler de ses souvenirs de concerts. Son premier en tant que spectatrice? “Jean-Michel Jarre, j’étais à Villacoublay, j’avais 10-12 ans, il faisait sa résidence, pour remercier la mairie du boucan qu’il avait fait pendant trois semaines, il avait invité toute la ville à sa première”. “J’en ai pris plein la vue, j’étais émerveillée”.

Sa première scène en tant que chanteuse? “J’étais terrorisée, pour la première fois mon corps tremblait, m’échappait à ce point. Je suis sortie de là en pleurant. Les gens qui disaient +je me sens en vie sur scène+, je ne comprenais pas. J’étais la moins pire du show mais c’était pas glorieux (rires)”.

“L’armée du bon et du bien”

Et puis il y a les souvenirs délirants. “En Russie, je pense faire une promo radio avec 50 clampins. Mais la scène est grande comme un stade de foot et moi je viens seulement avec mon guitariste. On comprend qu’on sera la tête d’affiche devant… 300.000 personnes”. “Il y a des feux d’artifice, des avions, et on passe derrière une sorte de David Guetta de Norvège, avec son +boom boom+ ultra fort. Jamais je ne me suis sentie aussi petite de ma vie, alors que j’étais tête d’affiche. Mais bon, ça l’a fait”.

Sur scène, elle fait aussi passer des messages. Au Casino de Paris, son groupe joue en uniforme et béret rouge, références à “Thomas Sankara (le “Che africain”), aux Black Panthers, Public Enemy, on avait envie d’être l’armée du bon et du bien”.

A la ville, la chanteuse, qui a médiatisé l’endométriose (règles difficiles, douleurs chroniques, risques d’infertilité, etc), ne peut s’empêcher de “bouillonner à l’intérieur” face à l’actualité. Le suicide de Christine Renon, directrice d’école à Pantin (Seine-Saint-Denis), où elle réside, l’a remuée. “Ça m’évoque ces gens qui s’immolent en public, pour dire +je me tue pour que ça change+”. 

“Ça m’a touchée, je n’arrive pas à comprendre une société où les directeurs de maternelles se suicident. Ces gens donnent de leur vie pour nos enfants. Il faut demander des comptes à l’Etat, au ministère de l’Education, au rectorat” face à un “système qui broie”. 

Elle n’oublie pas l’autocritique à faire du côté parental, “car nous parents, on met la pression, on ne se rend pas compte, on se plaint énormément, mais est-ce on fait notre part avec nos enfants ?” 

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