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Trois questions à Kevin Dumouchelle, conservateur du Musée national d’art africain de Washington

L’impact de la pandémie de coronavirus sur les musées, le rôle du virtuel dans la préservation de l’activité muséale et l’apport de la culture et des échanges en Afrique au développement du monde moderne, autant de sujets évoqués dans un entretien accordé à la MAP par Kevin Dumouchelle, conservateur du Musée national d’art africain de Washington. L’interview a eu lieu à l’occasion de l’escale dans la capitale fédérale américaine, de l’exposition “Caravanes d’or, fragments dans le temps”, organisé notamment avec l’apport du Maroc.

La pandémie de coronavirus a eu un impact considérable sur le secteur culturel. Comment envisagez-vous l’avenir de l’activité muséale dans un tel contexte ?

La crise sanitaire a certainement eu des ramifications sur l’activité muséale auxquelles nous nous adaptons toujours. À court terme, les expositions continueront vraisemblablement à être reportées au cours de l’année prochaine et ce, en raison des délais et de la planification nécessaires pour mener à bien des projets de collaboration complexes.

Néanmoins, l’adoption généralisée des “rencontres virtuelles” a également, à certains égards, abaissé certaines barrières à l’engagement des partenaires à distance. Cela ne remplacera jamais la valeur de voir une œuvre, une collection, une archive ou un studio d’artiste en personne, mais elle s’est avérée être un outil nouveau et efficace qui faciliterait la planification des projets futurs et permettrait leur lancement avec plus de voix à la table “virtuelle”.

Justement, le recours aux vernissages et aux expositions virtuels serait-il le seul moyen de préserver le rôle des musées durant cette conjoncture?

Je suis ravi de la façon dont des événements comme le vernissage virtuel de l’exposition “Caravanes d’or, fragments dans le temps” nous ont permis d’inclure un public beaucoup plus large et plus international, venant des quatre coins du monde. Cependant, malgré le caractère inclusif des visites virtuelles, je ne les imagine pas remplacer vraiment la valeur d’exposer et de voir une œuvre d’art en personne. Cela dit, je suis persuadé que nous sortirons de cette étrange période mieux formés et équipés pour intégrer l’engagement virtuel et à distance comme un élément à part entière de nos futurs projets.

Dans quelle mesure les événements culturels comme l’exposition “Caravanes d’or, fragments dans le temps” peuvent offrir non seulement une expérience stimulante, mais aussi une qui puisse aider à défaire de nombreux stéréotypes sur l’Afrique?

C’est en effet l’un des objectifs clés de l’exposition “Caravanes d’or”. Nous espérons faire évoluer les attentes de nos visiteurs et leur compréhension de la période médiévale, un terme autrefois enraciné dans l’histoire européenne que nous revendiquons délibérément et tentons d’élargir, afin qu’ils puissent mieux apprécier la centralité de l’Afrique dans l’histoire du monde et le développement du monde moderne.

Tous nos projets au National Museum of African Art cherchent à utiliser le meilleur de l’histoire de l’art du continent pour révéler à quel point l’Afrique a toujours été profonde, sophistiquée et connectée à l’échelle mondiale. “Caravanes d’or” illustre parfaitement ce point de vue clair et concis. Le Sahara et la Méditerranée étaient deux mers d’or liées, au centre d’une économie mondiale connectée par une culture visuelle partagée de l’or. Comme nous l’avons affirmé lors du vernissage de l’exposition, “il n’est pas possible de comprendre l’émergence du premier monde moderne sans cette histoire ouest-africaine”.

MAP

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